L'autre jour, je parlais de mon adolescence. J'en ai une vision presque idyllique. J'ai adoré cette période réputée difficile, et dans mes souvenirs, j'ai pas fait de crise d'adolescence carabinée.

Alors je me suis demandée si j'aimerais avoir une ado comme celle que j'ai été. Ou si j'aurais aimé être ma mère et m'avoir comme ado.
(Cette phrase est trop bizarre, je sais).

Quand j'étais en quatrième, j'avais 12 ans (un an d'avance + fin d'année toussa). Je n'avais encore jamais été amoureuse, je n'étais pas réglée. J'avais arrêté depuis un an seulement à m'habiller comme ma soeur, pour en finir avec les engueulades matinales du type "han mais nan, je veux pas me mettre en jupe aujourd'hui ! Et puis c'est toi qui as choisi hier, déjà !". Qu'on était bêtes !...
Ma mère, qui était prof de maths en collège (tiens tiens), voyait des ados toute la journée, des pires que nous, des mieux que nous, des pareils que nous. Je me suis toujours dit qu'elle avait tenu le coup parce qu'elle connaissait l'Ado avec un grand A sous toutes ses formes, et qu'elle savait y faire (méthode Coué inside). D'ailleurs, tu aurais vu sa côte de popularité auprès de mes copains et copines !

Je n'ai pas de mauvais souvenir de mes premières règles, par exemple. Je n'ai pas beaucoup de souvenirs là-dessus, pour tout dire. Tout juste si je vois ma mère dans la salle de bain m'expliquer comment mettre une serviette hygiénique dans ma culotte, mais c'est tout.
J'ai adoré les rapports aux autres, les amitiés. J'étais ce qu'on peut appeler une fille "populaire", tout le monde me connaissait (des jumelles, ça passe pas inaperçu, JAMAIS) et comme j'étais plutôt sympa, je crois bien qu'on m'aimait bien.
Avec mes parents, c'était assez cool. Faut dire que tant que les notes à l'école étaient correctes, ils nous laissaient plutôt tranquilles, dans la grange au fond du jardin. En fin de quatrième, justement, avec mes soeurs, on a emménagé dans la grange (qui n'avait rien d'une grange, je te rassure). Une grande pièce de vie, avec un coin cuisine inutilisé, une salle de bain, et à l'étage, deux chambres : celle de ma grande soeur, et celle que je partageais avec ma soeur jumelle. On prenait nos repas avec nos parents, et au bout de quelques mois, on a même eu une télé, truc de ouf. Quand j'y pense, je trouve ça assez dingue : imagine, trois ados de 12,5 et 15,5 ans, toutes seules dès 20h30, avec possibilité de sortir discrètement quand on voulait. C'est pas complètement dingue ?!?
Et ben, tu me croiras si tu veux, mais aucune de nous trois n'en a abusé (enfin... presque, en ce qui me concerne... mais j'aurais pu tellement faire plus !..). Je crois qu'on n'avait pas envie de rompre la confiance qui nous était accordée. Il n'y a jamais eu de menace du genre "si vous êtes pas sages, vous revenez à la maison !". En même temps, nos chambres avaient été recyclées en salle télé / chambre d'amis et en bureau, alors techniquement, c'était tout simplement inenvisageable. Mais qui n'a jamais proféré une menace en sachant qu'il ne l'appliquera de toutes façons pas ?.. Et ben mes parents, eux, n'ont pas menacé. Jamais.
Ma mère n'était pas ma confidente, loin de là, mais toutes mes copines me l'enviaient. Je me disais donc que j'avais de la chance.

J'ai eu ma première histoire d'amour en quatrième, donc. Là aussi, j'ai eu de la chance : mon premier vrai baiser (avec la langue étou étou) a été avec un merveilleux garçon, qui était aussi amoureux de moi, et j'en garde un souvenir à la fois ému et fort-fort-fort. Notre histoire a duré quelques mois, puis de nouveau quelques semaines, puis de nouveau quelques mois, et enfin de nouveau quelques semaines. Le tout sur quelques années. Un vrai Grand Amour, auquel je pense encore avec tendresse aujourd'hui.
Mes parents m'ont fait confiance, je crois.
Je ne sais pas comment j'aurais réagi, à leur place.

Je ne me souviens pas de discussion sur le sens de la vie, la sexualité, comment on fait les bébés, l'amour.
J'ai pris rendez-vous toute seule comme une grande au planning familial, pour prendre la pilule, et j'en ai informé ma mère une fois que ça allait se faire. Elle n'a pas adoré l'idée, mais au final, elle s'en est un peu voulu de ne pas l'avoir fait avec moi.

En revanche, j'ai le souvenir de discours très marqué sur l'alcool, notamment au volant, sur la cigarette, la drogue. Mes parents ont essayé de nous inculquer des valeurs citoynennes, une réflexion politique, un sens aigu des dangers à éviter.

Pour répondre à ma question, j'aimerais pouvoir dire que je réagirais comme mes parents, les câlins en plus. Mais je n'en suis pas sûre.
J'essaye de davantage discuter avec mes filles. J'essaye d'être présente sans l'être omni.

Il y a un tas de choses que j'ai aimé dans mon adolescence, et c'est sans doute dû aux parents que j'ai eu. Alors en reproduisant (inconsciemment) certains points de l'éducation qu'ils m'ont donnée, peut-être que mes futures ados ressembleront un peu à l'ado que j'ai été ?...

On verra !