2011 2010-08-02-11

(photo prise dans les Pyrénées en septembre 2010, par Florian)

Depuis toujours, MaNit est une petite fille très sensible. Ce qui est pour moi une superbe qualité s'avère être un peu difficile et douloureux à vivre au quotidien.

Elle a pris de plein fouet la mort de son tonton adoré, il y a 4 ans.
Elle a replongé à la mort de ma belle-grand-mère il y a 2 ans, et de ma grand-mère, l'année dernière.

Il y a 4 ans, nous avions consulté un psychologue. Je voulais être sûre de trouver les bons mots, de ne pas passer à côté de sa souffrance. J'y avais emmené Rosalie, qui avait 8 ans et demi à l'époque, et Anita, donc, qui, du haut de ses 4 ans et quelques, exprimait sa tristesse à de nombreuses reprises.

Le temps a fait son oeuvre, et ça allait mieux. Elle évoquait souvent Florian, disait qu'elle était triste de ne pas avoir grimpé avec lui et qu'elle aurait aimé qu'il l'écoute jouer de la guitare. Ce n'est pas un sujet que nous avons du mal à aborder. La règle est très simple : on parle de lui sans aucun problème ; en revanche, on ne se sent pas mal à l'aise si l'un de nous se met à pleurer.

J'ai toujours pensé que la vie faisait partie de la mort, que je ne préserverais pas les filles en en parlant jamais. Dans ma famille, la majorité des gens meurent très tard (on a un record de centenaires, ou quasi-centenaires assez impressionnant depuis plusieurs générations), on n'a pas eu de maladie ou d'accident traumatisant. Chaque mort était comme une évidence. Ça m'a sans aucun doute aidée à aborder la mort de façon rationnelle et presque rassurante.

Mes filles n'ont pas eu cette chance. Elles ont vite compris que la vie est une sale pute qui n'a pas de pitié, par moment.

(pardon)

Rosalie a perdu son tonton en ayant le sentiment apaisant de l'avoir connu pendant plus de 8 ans. Elle a toujours montré qu'elle considérait comme une chance d'avoir pu faire autant de choses avec celui qui l'adorait et qu'elle adorait en retour.
Maïté n'a pas pu se fabriquer des souvenirs. Elle a, malgré elle, été notre moteur pour ne pas sombrer. On a tous eu envie de la faire grandir sans l'encombrer de cette histoire, ou alors juste pour les bons souvenirs.Anita a été celle dont les larmes ont beaucoup coulé. On ne va se cacher que c'est une de ses activités favorites, pleurer. Je le disais, elle est sensible, et cela ressort dans toutes les situations un peu critiques que l'on peut rencontrer. Ahem, quand je parle de situation critique, cela va du départ en vacances (on laisse le chaaaaaaaaaaaat) au choix des céréales le matin. En fait, elle a du mal avec le choix en général, sa phrase préférée étant "je sais pas... tu ferais quoi, si tu serais moi ?....". Ça me rend folle la plupart du temps, d'autant que je suis moi-même choix-phobe, mais je me soigne...

Bref, depuis quelques semaines, Anita pleure systématiquement à chaudes et grosses larmes avant de s'endormir. J'ai d'abord pensé au caprice, parce que ce n'est jamais le bon moment : 20h30 ou 21h, la journée a été longue, et j'ai hâte qu'elle(s) soi(en)t couchée(s). Je n'ai donc pas souvent la patience de discuter de choses métaphysiques à ce moment-là. Ça pourrait ressembler à une rallonge de temps avant d'aller dormir, non ?
Souvent, je balayais ces larmes d'un "oui, oui, on verra demain".

Mais pas là.

Là, je l'ai sentie désemparée. Je pose là les nombreuses remarques qu'elle se dit en permanence :
- "Mais pourquoi on doit mourir ?"
- "Mais après, c'est nul, on ne peut plus rien faire !..."
- "Comment je vais faire quand vous serez morts ? Qui me consolera ?"
- "Je ne veux pas que vous soyez morts"
- "J'ai fait le voeu d'inventer une machine à remonter le temps, et hop, chaque fois que quelqu'un de la famille meurt, je l'utiliserai !"
- "Si je suis morte, je ne verrai plus les gens que j'aime !!!"
- "Et mes doudous ??? Je pourrais pas être enterrée avec TOUS mes doudous ???"
(liste non-exhaustive)

Mon coeur était très serré, t'imagines bien. Ce n'est pas facile de voir son enfant avoir mal...
J'ai essayé de prendre le temps. Je lui ai répondu que la mort faisait partie de la vie ("mais c'est nuuuuuuuuuuuul..."), parce qu'on ne pourrait pas rester tous vivants sur terre, il n'y aurait plus de place, non ?.... Qu'on mourrait en général quand on était très vieux ou très malades. Bien sûr, il y a les accidents, mais on fait tout pour ne pas se mettre en danger, parce qu'on n'a aucune envie de mourir, nous aussi. Qu'on peut toujours imaginer que les gens qui sont morts font partie de nous, nous regardent, nous accompagnent, quelque part. Que tonton serait triste de la voir triste, que ce n'est pas en rigolant et en étant heureuse qu'on ne pense pas à lui très fort. Qu'elle pourra donner ses doudous à ses enfants si elle en a (sauf Doudou Chaussette, lui, il pue trop, il sera enterré avec elle, c'est sûr).

J'ai repris RV chez la psychologue au début des vacances. J'ai eu la chance d'avoir un rendez-vous rapide.
La dame a dit à peu près les mêmes choses que moi (sauf pour Doudou Chaussette, mais c'est parce qu'elle ne l'a jamais rencontré !!), et elle a mis le doigt sur quelque chose que je ne m'étais jamais dit : en plus de sa tristesse à elle, Anita prend celle des autres. Elle est triste quand elle voit sa mamie pleurer, elle est triste quand elle pense à ses copines qui n'ont pas de papa. Elle est très sensible au bien-être des autres, fait toujours attention à ce que chacun(e) soit bien, ait ce qu'il/elle veut. Je le savais déjà, mais de l'entendre de la bouche d'une autre, ça m'a vraiment fait... WAHOU.

La psychologue l'a trouvée angoissée. Mais elle lui a aussi dit qu'elle avait confiance en elle pour réussir à mieux gérer ses émotions. Elle a demandé à la revoir après les vacances.

Nous venons de passer une date un peu spéciale, celle du 24 juillet. 4 ans déjà que nous sommes tous orphelins, et que je ne sais pas toujours trouver les mots pour apaiser ma toute petite fille.

Elle m'a dit l'autre jour en remontant de la plage : "tu sais, maman, je crois que j'ai encore plein de choses à vivre, alors j'ai décidé d'avoir moins peur".

Ma toute petite fille si sage et si sensible... Ça m'émouvantifie.