L'année dernière, à cette période exacte, nous nous faisions du mouron pour Anita.
Cette année, là tout de suite, c'est plutôt pour Rosalie.
Vivement l'année prochaine ! Chanceuse que je suis d'avoir 3 enfants, hein !

Blague (?) à part, être parent est un long chemin semé d'embûches, de noeuds dans la tête et autres joyeusetés.

L'an dernier, Anita ne trouvait pas le sommeil. J'en parlais d'ailleurs ici. Juillet 2017, ça nous rajeunit pas !
Et ça ne s'est pas vraiment arrangé. L'été s'est plutôt bien passé, mais rebelotte à la rentrée, de plus belle (si je puis dire, l'expression est très mal choisie), même. Nous avons (enfin elle a) enchaîné les nuits pourries et les soirées passées à pleurer, dans les angoisses et les pensées assaillantes, sans réussir à se reposer. Certains soirs, elle s'endormait à minuit passé, se réveillait parfois à 5h du matin, et c'était tout. Ça a duré un moment, ces conneries. Elle s'endormait en classe, de plus en plus souvent (TU M'ÉTONNES).
Anita expliquait que son cerveau ne voulait pas s'arrêter de penser. Où s'arrête la langue ? Que fait ma salive quand je dors ? Mais, quand on est mort, on va où ? Si les gens qui pensent à ceux qui sont morts meurent aussi, les premiers morts sont oubliés, qui pense à eux, alors ? Et j'en passe.
Il faut dire qu'à la mort de Florian, elle s'était montrée extrêmement touchée. Du haut de ses 4 ans, on lui a expliqué comme on a pu, mais pas sûr qu'elle ait tout compris... Le sujet de la mort était très anxiogène pour elle, sans qu'elle puisse penser à autre chose.
On a essayé plein de choses : psychologue, donc, homéo, plantes, relaxation, temps de lecture plus long, musique tranquille, petit carnet pour y écrire ce qu'il lui passait par la tête, câlins, fermeté, veilleuse, noir complet, osthéo... TOUT.
Et puis mon médecin m'a conseillé d'aller consulter une autre psychologue. Spécialiste en précocité, bla bla bla. J'ai été très sceptique sur le coup. Je connais bien le sujet des enfants précoces (dans mon entourage, au collège), et j'avoue que si j'ai toujours senti chez Anita une hypersensibilité, je ne l'ai jamais pensée HPI.
Mais nous avons quand-même pris RV. Heureusement, j'ai envie de te dire.
La psychologue a su trouver les mots. Des mots qu'Anita a entendus (et que j'avais déjà dits, mais on sait bien, quand c'est la maman qui parle, c'est pas pareil...). Elle a parlé de pensées en arborescence, elle a tenu à rencontrer le papa, aussi. Truc de dingo, lui aussi aurait des pensées en arborescence (SANS DÉCONNER ?!?!!).
Le diagnostic de précocité n'a pas été fait avec des tests et tout le toutim (pour quoi faire ?), mais il a été confirmé. Bon, ça me fait une belle jambe, hein, mais ce qui compte, c'est que la psychologue a trouvé le bon canal pour qu'Anita comprenne et entende. Ça a été un peu dingue, finalement.
Ça a été un peu mieux, quelques semaines.
Et puis des histoires de harcèlement à l'école se sont en plus greffés là-dessus, un positionnement délicat à l'école, que ce fût douloureux... Des larmes chaque soir, de la colère, on a alterné les "laisse tomber, ils n'en valent pas la peine" avec les "mais vas-y défends-toi" et les "mais n'importe quoi !". Rien n'y a fait, t'imagines bien.
On a évidemment abordé le sujet avec la maîtresse, qui a été très à l'écoute, qui est intervenue en classe. Ça a calmé les choses un moment, puis rebelotte.
J'ai contacté tous les parents de la classe (on se connaît tous bien, depuis la petite section), notamment ceux des enfants harceleurs. Sans dénoncer personne, en prenant des pincettes, j'ai expliqué que notre fille rentrait de l'école en pleurant tous les soirs, et que si j'avais conscience qu'elle pouvait être très pénible dans son comportement, je ne trouvais pas ça ni normal ni cool. Et je leur demandais d'avoir une conversation avec leurs enfants, pour savoir s'ils avaient vu quelque chose, s'ils savaient quelque chose, ce qu'ils en pensaient. Là, j'avoue, ça a été incroyable : la maman de la "meneuse" est la seule à ne pas m'avoir répondu. Tous les autres, y compris les parents de ceux qui participaient à la mise à l'écart d'Anita (imagine : le jeu à la mode à la récrée était le jeu secret "on dirait qu'on n'est pas copains avec Anita", et ceux qui y jouaient tournaient la tête dès qu'elle arrivait, ne lui répondaient pas si elle posait une question, etc etc... Sympa, non ? Et ce n'est qu'un exemple !...) m'ont répondu. Certains ont réalisé que leurs enfants étaient responsables, d'autres ont expliqué qu'il fallait dénoncer ce genre de comportement, d'autres aussi m'ont fait des retours sur l'image d'Anita au sein de la classe. Et tous m'ont remerciée de les avoir alertés et de leur avoir permis d'avoir une conversation là-dessus avec leurs enfants.
Mais Anita a demandé à retourner voir la psychologue. Ok.
Elle a repris tout ça avec elle. Comment répondre à ceux et celles qui se moquaient d'elle parce qu'elle pleure beaucoup ? Comment ne pas se convaincre qu'on est effectivement nulle, absolument pas digne d'intérêt et bête ?
C'est super important, de faire ce travail-là.

Je veux dire que depuis que je suis enseignante, j'ai eu à faire à quelques élèves harcelés. Il s'avère que très souvent, ce n'est pas la première fois que ça arrive. Le harcèlement comme fil rouge de toute une scolarité ? Presque. Au collège, les ados sont tout sauf tendres. En élémentaire non plus, sache le. C'est terrible, je sais.
Mais parce que la première fois, on se dit que ça va passer. Que c'est pas de bol. Qu'on est tombé sur des enfants méchants et malveillants, c'est tout.
Sauf que ce n'est jamais si simple... Et qu'avec le temps, les phrases odieuses qu'on a pu entendre s'insinuent, s'installent. L'air de rien.
Imagine qu'on te répête que tu es moche. Beaucoup. Souvent. Tu vas finir par le croire... Surtout si ça revient à l'adolescence à un âge bien connu pour l'épanouissement personnel et la prise de distance avec les événements douloureux. Bam, d'un coup, tu es convaincu que tu es effectivement moche et trop con, puisqu'ils le disent !

La psychologue a demandé à Anita d'écrire sur une feuille tout ce qu'elle entendait et qui lui faisait du mal. Puis, elle lui a dit d'en faire ce qu'elle veut.
Elle l'a chiffonné, repris, râturé, re-chiffonné, pour finalement le déchirer et le mettre à la poubelle. Ça lui a fait un bien fou.
C'était très symbolique, mais primordial pour ne pas ancrer en elle ces mauvaises pensées. L'effet de bien-être a été quasi immédiat. Note que ça n'aurait sans doute pas été le cas si c'est moi, sa maman, qui lui avait fait faire ce même exercice pourtant très simple.. (on sait bien que quand c'est la maman qui parle, c'est pas pareil...)
J'ai eu l'exemple d'une élève harcelée en 5ème, qui l'avait été aussi en CM1, et dont le problème avait été "résolu" en changeant d'école. Vital sur le moment, mais le mal s'est installé, tout doucement, insidieusement, et quand 3 ans plus tard, les insultes sont revenues (les harceleurs avaient changé, entre temps), elle a plongé. Au point de ne plus pouvoir venir au collège.
Cela ne se passe pas toujours comme ça, mais moi, je n'ai pas voulu prendre de risque pour Anita.
Certains enfants sont blonds, d'autres allergiques à la poussière, d'autres encore ne peuvent pas dormir la porte fermée. La mienne est hyper sensible. Du genre à prendre pour elle toutes les peines des autres. À préférer pleurer, pour éviter à ceux qu'elle aime de le faire.
Hyper sensible n'est pas un gros mot, mais c'est un trait de caractère pas tellement léger à porter sur soi...

On a aussi consulté une kinesiologue, ça a été une expérience de dingue, parce que la dame a parlé de harcèlement sans que j'ai besoin de le dire, rien qu'en "auscultant" Anita. Son corps, ses pupilles, son rythme cardiaque ont parlé pour elle. La kinesiologue a mis des mots sur des maux, et elle a ensuite fait travaillé Anita sur son rapport aux autres. Elle l'a décrite comme "coupée en 1000 morceaux", à force de s'occuper des autres, et lui a demandé de se recentrer, de penser à elle, de rester unie.
Deuxième effet bénéfique direct.
(Et encore une fois, quand c'est la maman qui parle, gna gna gna... Passer par une personne extérieure, neutre de sentiments, impartiale et objective, ça change tout. D'ailleurs, tous les professionnels que nous avons rencontré n'ont fait que re-dire ce que nous disions déjà (sans vouloir me vanter, j'ai une certaine expérience de la psychologie des enfants). Ça m'a rassurée sur les messages qu'on faisait passer, et ça m'a vexée -le mot est trop fort, mais t'as compris l'idée- de ne pas avoir été entendue, MAIS je sais bien que c'est nécessaire, cette dérivation du cercle familial).

Au final, je ne sais pas laquelle de ces démarches a fonctionné. C'est pas grave. Peut-être la combinaison de toutes.
Leur point commun a été que nous sommes tombées des personnes en qui Anita s'est reconnues.
Sa maîtresse, pour commencer. Qui a découvert il y a quelques années qu'elle était précoce, et qui se voyait beaucoup en Anita. Qui lui a dit plusieurs fois qu'elle comprenait parce qu'elle était pareil quand elle était petite. Elle a même eu cette phrase magique : "c'est vrai que c'est épuisant de pleurer beaucoup souvent, mais à côté de ça, quand on est heureuse, on l'est encore plus ! Toutes nos émotions sont plus fortes !".
La psychologue, aussi. Qui a fait comprendre à Anita qu'elle n'était pas bizarre ou anormale, mais juste elle. Et qui en plus lui a expliqué que son père était comme elle ! Alors là !!..
La kinesiologue, enfin. Qui a été presque au bord des larmes quand elle a posé ses mains sur Anita la première fois. Qui a dit "j'étais comme toi quand j'étais petite", puis "votre fille est un peu médium, vous savez ?" (c'est la deuxième fois qu'on me le dit... hum hum...).
Rencontrer des adultes qu'elle pourrait être plus tard, je crois que ça a drôlement aidé Anita à avoir moins peur de grandir.

Bref.

Maintenant, c'est à Rosalie, de montrer des signes de moins bien. Les hormones, bientôt 14 ans, les humeurs, ok, là aussi, j'ai une certaine expérience (ou une expérience certaine) de la chose. Mais je ne veux pas passer à côté d'un truc plus grave.
Ses "symptômes" ?... Devine.
Elle ne trouve pas le sommeil (hier soir, couchée 21h30, elle ne dormait toujours pas à 00h30...), a envie de bouffer la terre entière, elle est parfois complètement vide, pas envie, de rien. Elle dit qu'elle n'a jamais envie d'aller en cours le matin. Qu'elle ne sait pas pourquoi elle ne dort pas. D'habitude si forte, si constante dans sa gestion des événements, là, les larmes lui montent aux yeux trèèèèèèèèèèès facilement. Elle oublie des choses très souvent, alors que jamais jusque là.
Que des petites choses, rien de dramatique.

MAIS.

Mais je suis vigilante. Est-ce qu'elle vit mal sa place d'aînée ? Est-ce qu'il s'est passé quelque chose dont elle ne veut pas me parler ? Est-ce que ?...
Elle a mis un certain temps à me dire qu'elle ne dormait pas, parce que -JE CITE- elle ne voulait pas que je l'"envoie chez la psy comme Anita". La bonne blague.
Alors j'y ai été tout doux. Je lui ai dit que je ne l'y emmènerai pas de force. Et que ce n'était pas mon but dans la vie d'aller chez le psy avec mes enfants.
Et j'ai commencé par le début : notre médecin généraliste. Elle suit Rosalie depuis sa naissance, et même si elle ne la voit pas beaucoup (parce qu'elle est hyper rarement malade !), elles se connaissent bien malgré tout. Notre doc l'a fait un peu parler. Elle a bien vu que la difficulté à s'endormir n'était qu'un symptôme de quelque chose de plus profond. Elle a expliqué qu'elle pouvait lui donner de quoi régler ses problèmes d'endormissement, mais que ça ne changerait rien au fond du problème. Et elle a réussi à la convaincre que c'était sans doute le bon moment d'essayer de parler à quelqu'un dont c'est le métier. Faire parler les gens.
On a donc RV jeudi.

J'ai hâte !

(Nan, j'déconne).

Je te raconterai, si ça t'intéresse.

Être parent est un long chemin semé d'embûches et de remise en question.
Et bordaÿl que ça peut être fatigant....